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5 avr. 2009

Mission Dakar Djibouti Muvim 2009


L'Exposition organisée au Muvim à Valence en Mars 2009 en collaboration avec le Quai Branly nous montre non seulement des objets rapportés par La mission mais aussi un grand nombre de photographies de l'époque , de documents comme les carnets de Michel Leiris dont la mission particulière de " secrétaire archiviste" lui a permis d'écrire plus tard l'Afrique fantôme

Elle relate également une autre grande mission comme La croisière Noire Citroën

Je regrette toutefois que cette exposition n'ait jamais eu lieu à Paris au musée du Quai Branly considérant que cet épisode fondateur de la collection Afrique du Musée aurait mérité une plus grande diffusion .

La Mission

Aperçu de quelques objets rapportés par la Mission

Clic sur la photo

'>< Mission Dakar Djibouti

Crédits photos : Quai Branly


vue par
(1) Niclas sanchez Dura , hasan G; Lopez sanz analysent




Partie de Dakar jusqu'à Djibouti La Mission ethnographique et linguistique ( 1931-1933) dirigée par l'ethnologue Marcel Griaule fut la première expédition Française à caractère Ethnographique . Elle occcupe une position paradoxale et quelque peu ambiguë dans l'histoire de l'Anthropologie.

Il fallait impérativement , avant que ces sociétés "indigènes" ne disparaissent leurs coutumes et leurs moeurs avec elles ,sous l'influence de valeurs exterieures ( touristes et étrangers) recueillir tout ce que l'on pouvait rapporter comme témoignage .
Cette grande enquête de terrain commanditée par Paul Rivet et Georges Henri Rivière alors directeur du Musée d'ethnographie du Trocadéro allait permettre de recueillir ce qui deviendra son fond muséal et pouvoir rivaliser avec d'autres etablissements comme "le Musée du Congo-Belge à Bruxelle-Tervuren , l'Institut Colonial d'Amsterdam, la Smithsonian Institution à Washington etc....

Mais la justification de la Mission est plus politique car dans le contexte de crise des années 30 , le gouvernement Français a tout fait pour que l'Exposition Coloniale de 1931 soit un succès qui plaide en faveur de l'importance des colonies et inaugurée à Paris quelques semaines avant le Départ de la mission.

La loi qui fut votée au parlement établissait un rapport direct entre ces deux évènements et d'après le ministre de l'instruction Publique de l'époque à savoir Mario Roustan , devait montrer au monde l'intérêt de la France envers l'étude " des civilisations de nos possessions outremer ".

Outre le fait d'être subventionnée par l'état Français , elle fut "sponsorisée" par nombre d'institutions, établissements privés (Banques ) mais aussi des personnalités.

Contrairement aux missions d'exploration qui avaient pour but de "percer les ténèbres" des territoires inconnus et de scruter leurs richesses , la Mission Ethnologique " Dakar Djibouti " allait être centrée sur "l'objet" et par son biais comprendre le sens de la vie d'une certaine communauté sociale.
Pour cela plusieurs "spécialistes " seront sollicités :

-Le Botaniste qui étudiera les espèces végétales qui auront servi à sa confection ,
-Le Photographe rapportera des témoignages intangibles , captant l'objet mais aussi sa fabrication ,
-Le Musicologue notera et enregistrera les musiques et les chants ,
-Le Linguiste notera les paroles enfin
-L'ethnologue s'informera sur les usages , les légendes et les coutumes .

Le caractère scientifique de cette Mission supposait des méthodes rigoristes de prises de notes , de fiches , de numéro d'identification et d'inventaire .Il fallait pour Griaule et ses collaborateurs garder un oeil observateur , impartial , cliniquement descriptif . Cependant la Mission fut confrontée à d'autres actions plus complexe comme celle de décrire et témoigner au sujet d'évènements de la vie : comme les cérémonies de funérailles au pays Dogon dans les falaise de Bandiagara au Mali .
Il en sorti 140 photo prises sous différents angles et par plusieurs appareils et qui devaient capter l'évènement dans sa complexité, c'est a dire non seulement donner à voir mais aussi à comprendre . La photographie sert de fiche , elle l' etaye et ressert l'enquête.

Mais il ne faut pas oublier l'aspect Anthropologique de la Mission. Elle rapportera une abondante documentation sur la typologie et la raciologie humaine ; tout ceci rapporté froidement " scientifiquement" traitant l'humain comme l'objet .
Mais une des grandes difficultés rencontrées par La Mission et relatée dans les carnets tenus par Michel Leiris ,fut l'absence d'interprêtes et devoir attendre le bon vouloir de certains "témoins" qui s'avérèrent parfois en flagrant délit de mensonge , de tromperies ou simplement de malentendus ; . Cette remarque montre bien la limite de l'utilisation des " informateurs" face à l'ethnologue souvent perçu comme un supérieur hierachique et donc a qui on assène des contre-vérités , pour peut être ne pas passer pour un mouchard ou un collaborateur aux yeux des siens.

Ainsi les témoignages recueillis sont ils fiables ? Une seule mission peut-elle garantir l'authenticité d'un récit? Ce que l'on sait aujourd'hui est- ce la vérité ou une version "pour les blancs" , le village gardant soigneusement son secrêt?

Plus tard , lors de missions ultérieures Griaule en 1946 revient sur les falaises de Bandiagara à la rencontre des Dogons et son approche va évoluer . L'objet devient secondaire au profit de l'approfondissement de l'étude des Mythologies et des représentations symboliques Africaines . Et c'est c'est ainsi que grace aux révélations d'un chasseur Dogon Ogotommêli , qui décida de révéler à Griaule la cosmogonie Dogon que nous sommes en mesure aujourd'hui d'appréhender la grandeur de ces peuples et leur richesse préservée.





La collecte des Objets



Il est difficile aussi de passer sous silence les exactions de certains membres de la Mission qui se rendirent coupables de vol pour obtenir certains objets de cultes et donc sacrés pour les autochtones : je veux parler ici du vol du Kono et le Boli dans les village de Kemeny et Diabougou par Griaule et Leiris ! fait relaté dans le livre de Leiris "l'Afrique Fantôme"
. Cultures en dialogue : options pour les musées du xxie siècle
Sally Price )
Le Musée Ethnographique du Trocadéro exposa tous ces Objets ( plus de 3500) méthodiquement et savamment assemblés en "collections ethnographiques où chaque objet (le plus humble qu'il soit) est placé dans un contexte qui reflète au mieux son contexte d'origine et où quelque soit sa nature ou son intérêt esthetique , seule sa valeur de preuve est mise en avant.
La collection ethnologique doit avoir essentiellement une fonction documentaire .L'Objet ethnographique doit être montré dans ses dimensions d'usage , de fabrication et symbolique .




Quelques Serrures de portes récoltées au Pays Dogon







Petites Poupées Wolof ( Sénégal ) -Bozo Dyandyo Mopti (Mali ) Bamana ( Mali)




Du Musée du Trocadéro au Musée du Quai Branly


Choses rares ou choses belles ici savemment assemblées instruisent l'oeil à regarder comme jamais encore vues toutes choses qui sont au monde


Paul Valéry

-2 Jean Jamin
En organisant la collection Ethnographique sur la base de l'équivalence représentative des objets , ( une serrure ayant la même valeur qu'un pagne ou un masque) , les fondateurs du Musée de l'homme et plus tard les membres de la mission Dakar Djibouti allaient révolutionner la notion même de MUSEE, jusqu'alors dévolu à conserver, exposer et concentrer les "trésorsd'une culture dans un sens d'exception!!!!

Ainsi comment concevoir qu'un "objet d'ART" allait cotoyer une objet ordinaire ! La question esthétique de ces objets était tout simplement déclarée sans objet !

En 1931 , P Rivet et GH Rivière imposent leur point de vue : En réaction contre la vogue de "l'Art Nègre" ils remettent en cause la notion d'ART dans les sociétés primitives puisque tout objet perçu ici comme "artistique" etait labas traversés par des croyances et étaient fabriqués en vue de remplir une fonction symbolique , rituelle ou religieuse . De sorte que les statues ne purent être que des ancêtres .Chaque objet emplit un rôle non seulement technique mais magique et religieux... Il est le rouage visible des forces invisibles qui le meuvent et pour lesquelles il est mû. (2)

3-Hélène Joubert
conservateur du patrimoine Afrique au Musée du Quai Branly Paris


Le Musée a fourni toutes les pièces présentées au Muvim

La Mission a collecté tout au long de son périple mais s'est particulièrement arrêtée au Mali ;Ségou Djenne bamako er Sanga au pays des Dogons




Poupée représentant Faro la déesse des eaux , marionnette du théâtre Bamana Kotéba









Masque Yasigine (Dogon) seule femne admise dans la société des masques (Awa) cérémonie des funérailles .




à gauche

Masque Ntomo kun

Bamana Mali
Bois de ntoro, si mana (résine de karité), cauris, coton teint à la graine de sinti, ou sente, cauris, touffes de poils


à droite

Masque Samana

Dogon Mali

La collecte de ces objets ne se fait pas toujours de façon très honnête , note Hélène Joubert , "methodes qui evoquent les collectes de conquête par la violence de la fin du XIXè siècle ;Les prises de guerre ont toujour été une sorte de droit du vainqueur et manifestement le droit du colonisateur autorise les prélèvements forcés."

En avril 1932 L'éthiopie constitue la deuxième partie de la Mission.

Les méthodes la encore restent très discutables particulièrement celles des manuscrits dans la région de Gondar ;

En Juillet 1932 à Abba Antonios , les peintures murales de la petite 'église seront entièrement déposées ( démarouflées ) pour être aussitôt remplacées par des peintures à l'huile rutilantes .




Que ce soit en Afrique de l'Ouest ou de l'Est , il s'est agit on peut le dire d'un "pillage organisé" que Michel Leiris mentionne dans ses carnets et qui laisse un goût amer car la Mission ne s'est apparemment jamais encombrées de valeurs morales , n'hesitant à emporter des objets sacrés au risque de mettre en péril l'équilibre social de certains villages.


Crédits

Photos : Musée du quai Branly

Photos de l'auteur

Catalogue de l'Exposition

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Cher/é monsieur/madamme,

je suis Hasan G. López Sanz, commisaire de l'exposition avec Nicolás Sánchez Durá.
Merci pour cet si belle rapport de l'exposition et le livre qu'on a publie sur la Mission Dakar-Djibouti et le fantône de l'Afrique.
Je voudrais savoir comme est ce que vous avez eu information sur cet exposition, et comme est ce que vous avez arrivé a venir le voit. En resumé, je voudrais savoir qui vous etes et si j'ai le plaisir de vous connaitre. Ça nous donne aussi information autour de si les livres que nous avons demandé a l'editorial qui envoi a des institutions françaises est en train de arriver.
Merci et à bientôt.

akwaba a dit…
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akwaba a dit…

Mr Lopez

voici mon mail
c.lafoy@wanadoo.fr

nous pourrons discuter plus librement
à bientôt j'espère

le moine citrouille amère a dit…

votre site est riche
je suis aussi une mémoire de l'afrique

le moine citrouille amère, gaelle a dit…
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